Retraite
Retraites : en arrière toute ?
Depuis maintenant de nombreuses années, gouvernants et décideurs empilent dispositifs et mesures qui conduisent à des régressions jugées par beaucoup comme inéluctables, quand d’autres ne les préconisent pas ouvertement comme indispensables. Pour autant, ces mesures annoncées en leur temps pour officiellement « sauver » les retraites par répartition, ont toutes échoué quant à leurs objectifs apparents : le financement n’est toujours pas assuré de façon pérenne, et l’ensemble des retraites a été marqué par une baisse sensible de leur montant. De nouveau, une offensive se fait jour de la part des partisans du « toujours moins » :
• Recul de l’âge légal de départ à la retraite à 67 ans pour le premier ministre ;
• Création d’un nouveau système de retraites dites « notionnelles » sensées améliorer, voire garantir l’avenir des retraites.
Or, une fois de plus, seul l’argument « catastrophiste » de la précipitation au vu des difficultés de financement prévaut. Pourtant, en ce domaine, comme pour la santé, il est nécessaire pour nous salariés, de réfléchir aux objectifs de notre système de retraites : rappeler que celui-ci a été instauré afin de permettre à la population de vivre décemment leur fin de vie via un système par répartition, où les cotisations sont assises sur le travail, et assurent la solidarité entre membres d’une même génération et entre générations. On sait que ce schéma a été en grande partie écorné par la crise et ses effets depuis plusieurs décennies. Les différentes « réformes », celle de 1993 et celle de 2003, ont, en augmentant la durée d’assurance et le nombre d’annuités nécessaires, diminué sensiblement le niveau des retraites, et pénalisé gravement les salariés les plus fragiles, ceux aux carrières incomplètes et aux parcours accidentés. Pourtant, est-il « moderne » d’envisager comme il y a plus de soixante ans une partie de la population âgée aux conditions d’existence précaires et insuffisantes ? Est-il « moderne » d’envisager la poursuite d’activité salariée obligatoire jusqu’à 65 ans et plus, ce qui , en moyenne, ferait stagner, voire diminuerait la durée de retraite d’une majorité de la population ?
La FSU, avec d’autres, propose, avant tout, de débattre démocratiquement des enjeux des retraites : quel système de protection pour la population âgée, quelles garanties pour celles-ci en terme de pouvoir d’achat et d’autonomie, et ensuite quels moyens de financement prévoir. Or, les divers gouvernements qui se sont succédé abordent en catastrophe le dernier volet en occultant les deux premiers, voire en laissant entendre qu’il va falloir absolument s’en détacher très rapidement, car ils seraient devenus complètement obsolètes. C’est ainsi que le « débat » ne porte plus que sur la question de continuer jusqu’à 67 ans, ou de combien réduire le montant des retraites afin « d’assurer » la continuité du système. On voit bien que les termes du « débat » sont complètement faussés, et qu’en fin de compte, ce sont toujours les mêmes qui seront durablement floués. Pour la FSU, il est important de rappeler :
• Qu’il faut maintenir un niveau de retraites tel que les retraités puissent vivre décemment ;
• Qu’il faut réfléchir en même temps aux inégalités profondes entre salariés dans l’accession à la retraite, notamment tenir compte de la pénibilité au travail ;
• Qu’il faut envisager de nouvelles sources de financement, notamment les revenus financiers, mais également en lien avec la politique de l’emploi, en mettant fin aux exonérations massives liées aux bas salaires. La FSU engage donc l’ensemble des salariés et des citoyens à débattre de ces enjeux et à dégager les points essentiels qui peuvent faire accord entre eux.
Thierry Berthélémy
